De la RPA à l’Intelligent Process Automation : faut-il craindre la pression sélective des « monstres logiciels » sur le travail humain ?

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La convergence de l’automatisation (RPA ou BPM) et de l’intelligence artificielle promet l’émergence d’assistants virtuels toujours plus performants. La transition digitale des entreprises exercera-t-elle nécessairement une pression sélective sur les employés ou nous donnera-t-elle les moyens de réinventer et de réhumaniser le travail ?

Transformation digitale et automatisation des processus

Pour rester compétitives et innovantes, nombre d’entreprises doivent initier leur transformation ou transition digitale, et envisager l’automatisation de certains processus métiers. La RPA, acronyme de Robotic Process Automation en anglais, propose des assistants virtuels capables d’interagir avec les systèmes logiciels de l’entreprise, en simulant le cheminement humain à travers toutes sortes d’interfaces (graphiques ou non).

Ces robots logiciels autonomes naviguent entre les écrans, s’identifient et se connectent aux applications métiers, pour analyser, manipuler et transférer de grandes quantités de données. La RPA autorise ainsi l’automatisation de tâches répétitives et souvent fastidieuses, et permet notamment :

  • d’éviter certaines erreurs humaines ;
  • de mettre en cohérence différents processus métiers à travers des stratégies de workflow efficientes ;
  • de diminuer les coûts et les délais de traitement ;
  • ou encore d’assurer la sécurisation et traçabilité des données.

Du côté des employés, le temps libéré grâce à l’aide d’assistants virtuels infatigables, peut être réaffecté à des missions à plus forte valeur ajoutée et plus valorisantes.

Dynamique évolutionniste de la RPA vers l’Intelligent Process Automation (IPA)

En robotique, la programmation évolutionniste et ses algorithmes génétiques nourrissent les recherches autour du Deep Learning et de l’intelligence artificielle. En ce qui concerne plus particulièrement la RPA, la dynamique évolutionniste tend à faire émerger un nouveau paradigme : l’Automatisation Intelligente des Processus ou IPA pour Intelligent Process Automation en anglais, ou hyperautomatisation.

L’IPA est ainsi la promesse d’une hybridation entre la RPA et l’Intelligence Artificielle. Basée sur le machine learning (ou apprentissage machine), l’IPA induira le développement de capacités d’apprentissage inédites. La reconnaissance d’images, l’analyse sémantique de textes ou de supports audio, la synthétisation de la parole humaine ou encore l’analyse des comportements humains, permettra aux robots d’être encore plus efficaces en termes d’extraction et d’analyse d’informations, mais également de faciliter et d’enrichir la collaboration homme-robot. L’IPA élargit donc le potentiel d’automatisation des processus métiers tout en offrant de nouvelles perspectives d’interactions entre l’homme et le robot.

L’évolution artificielle des assistants virtuels de la RPA vers des collaborateurs logiciels intelligents opérera-t-elle une pression sélective sur le travail humain ? Ces nouveaux robots seront-ils des « monstres prometteurs », c’est à dire des mutants hors normes ayant un avantage évolutif fatal pour les employés humains ?

Économie évolutionniste et transformation digitale : la fin du travail humain n’est pas pour demain.

L’évolution naturelle, telle que théorisée par Charles Darwin au 19ème siècle, évoque la sélection du mieux adapté à son environnement (survival of the fittest), et par voie de conséquence la disparition du plus faible (i.e. moins bien adapté). La pression de la transformation digitale sur les entreprises signifie-t-elle nécessairement une pression sélective sur les employés ?

C’est l’évolutionnisme économique qu’il faut cette fois interroger pour déterminer si la digitalisation et l’automatisation des processus métiers annoncent la fin du travail humain. Or en économie, l’approche évolutionniste contemporaine considère la période actuelle non comme une révolution mais comme une transition digitale, dont les conséquences n’iront pas dans le sens d’une fin du travail.

Force est de constater que malgré plusieurs décennies d’informatisation, il n’y a pas moins d’emplois. Craindre que la transition digitale ne fasse disparaître des professions, c’est oublier que la plupart des métiers sont hétérogènes : ils comprennent des tâches variées qui n’ont pas toutes le même potentiel de substitution par la machine. Nombre d’entre elles n’entrent pas en compétition avec les performances de robots logiciels intelligents. Ainsi, « les métiers qui demandent des capacités de flexibilité des tâches, d’adaptabilité, de résolution de problèmes et d’interactions sociales sont en expansion […] ». La digitalisation devrait donc déplacer les emplois et non les remplacer. L’exposition de l’emploi à l’automatisation ne déprendra pas des performances technologiques mais de notre capacité à réorganiser le travail et à réinventer nos habitudes métier.

La cobotique ou l’avantage sélectif des employés humains augmentés

Avec l’Intelligent Process Automation, ce ne sont pas les assistant virtuels intelligents qui promettent d’avoir un avantage sélectif dans le monde du travail, mais bien les employés humains augmentés grâce à l’assistance logicielle. L’IA associée à la RPA permet non seulement une efficience accrue en termes de digitalisation et d’automatisation, mais également une amélioration de la collaboration homme-robot.

Car plus le robot virtuel gagne en intelligence ou en capacités cognitives, plus son interfaçage avec l’homme devient facile. Pour l’utilisateur humain, l’interface future du robot logiciel intelligent devra être plus qu’ergonomique, elle deviendra transparente lorsque les interactions homme-machine seront capables d’emprunter les voies de la communication naturelle.

Les termes de cette Collaboration Homme-Robot vertueuse (HRC pour Human-Robot collaboration en anglais) restent à inventer. Cette collaboration ne devra ni être centrée sur le robot, l’humain étant alors contraint de s’adapter aux rythmes et aux modes de travail de l’assistant virtuel, ni centrée sur l’humain, le robot ne faisant qu’exécuter des instructions laborieusement prédéfinies par l’homme. Les rôles de l’homme et du robot devront pouvoir être modifiés dynamiquement selon les situations.

De nombreuses innovations promettent de rendre toujours plus dynamique la collaboration homme-robot. Les digital twins, ou jumeaux digitaux seront peut-être l’aboutissement de la personnalisation de l’assistant virtuel. Et au delà des interfaces graphiques, les expériences de réalité augmentée ou de réalité virtuelle, permettront peut-être de contextualiser de façon dynamique et immersive, voire ludique, les services de nos assistants virtuels.

Les monstres prometteurs du monde du travail d’aujourd’hui sont les employés humains augmentés. À l’origine de cette évolution, pas d’hybridation homme-machine monstrueuse, juste une collaboration harmonieuse ou cobotique.

A propos de StoryShaper :

StoryShaper est une start-up innovante qui accompagne ses clients dans la définition de leur stratégie digitale et le développement de solutions d’automatisation sur-mesure.

Sources : StoryShaper, Jorge Ribeiro (Robotic Process Automation and Artificial Intelligence in Industry 4.0), Vincent Vandenberghe (L’emploi et ses nouveaux défis)

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